Tunisie, Egypte 2011: Révolutions.Un.C’est tout! (part 2)

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Au sujet de l’immense réussite de la « marche » du 1er février 2011 dont l’objectif était de  rassembler un million de personnes pour faire céder le président Moubarak, on a pu entendre cette désormais litanie  : la révolution s’accomplit grâce aux sites de réseaux sociaux. De fait, l’opposition égyptienne s’organise depuis de nombreuses années par l’intermédiaire des blogs et de comptes Facebook, comme le représente de façon emblématique le « Mouvement 6 avril » issu de la première mobilisation contre Moubarak sur Internet.  Internet dont l’accès concerne 20% de la population. Ce mouvement a également utilisé le mobile pour mettre en place un réseau d’alerte et conseil juridique en cas d’arrestations. Mais en raison du blocage des réseaux de télécommunications Internet et mobile par le gouvernement deux jours après la manifestation de masse contre le régime du 25 janvier 2011, le rôle joué par Twitter et Facebook ne peut être comparé à celui qu’il aurait pu avoir dans la révolution tunisienne, ce que notre courte étude sur les vidéos mobiles laisse entrevoir.

Quand le web 2.0 est coupé, les anciennes technologies reprennent du service.

En effet, un fait relativement rare dans l’histoire des mobilisations politiques instrumentées par les TIC est advenu le 28 janvier 2011  : le blocage total d’internet et du téléphone mobile. L’annonce du black out égyptien s’est diffusée très rapidement notamment sur Twitter via des messages affiliés au hashtag #jan25, configurant un espace contre-public sur la timeline du site comme cela avait été déjà le cas en juin 2009 en Iran. Et dans un mouvement assez comparable à la « guerre des proxies » qui avait pu être observée lors des manifestions post-électorales iraniennes,  s’en est ensuivi un mouvement de solidarité technique transnational. Cependant, en raison même de la coupure d’internet et des réseaux mobiles, et ce malgré leur importance vitale pour l’économie égyptienne – la coupure ayant couté une perte de 18 millions par jour – comme l’illustre ce schéma de la disparition progressive de l’activité du FAI Noor, qui pourvoie en connexion au réseau les plus grandes institutions bancaires du pays, ce ne sont pas tout à fait les mêmes technologies qui ont été utilisées en Iran ou en Tunisie et en Egypte.

Dans ce cas précis, ce n’est pas uniquement le Web 2.0 qui a outillé la mobilisation et l’organisation mais d’abord la téléphonie fixe – 10 millions de lignes fixes. Comme le montre cette page de wiki « We rebuild/Egypt » créée par un groupe de hackers suédois, Telecomix, dont par ailleurs les référents peuvent être à bon escient discutés, un accès à internet était proposé en Egypte via les lignes de téléphonies fixes et les anciens modem dès l’annonce de la coupure du 27 janvier. Cet accès 1.0 d’internet a été également proposé par un fournisseur d’accès associatif français, FDN.  Au Liban, le même jour, c’est un numéro de téléphone qui permet d’effectuer des récits vocaux postés sur Internet qui était aménagé. Google depuis le 01 février a créé une sorte de Twitter phone qui permet d’envoyer, via son service téléphonique gratuit Google Voice, des messages qui sont tweetés sur le compte http://twitter.com/speak2tweet.  Un dispositif de traduction crowdsourcée a été mis en place pour que les messages téléphoniques soient lisibles dans différentes langues. Un appel aux radios amateur a été également lancé dès le blocage du 27 janvier par le groupe hacktiviste Telecomix. Une opération de diffusion par fax de câbles diplomatiques, divulgués par l’organisation Wikileaks, et mettant en cause les relations entre l’Egypte et les USA, a été préparé par un autre groupe hacktiviste, Anonymous, auprès des étudiants égyptiens à l’instar des campagnes de fax lors des manifestations sur la place Tian’anmen de 1989. Le groupe des Anonymous devenu célèbre pour les attaques de serveurs d’organismes financiers refusant les dons pour aider Wikileaks a réitéré l’annonce d’attaque de sites gouvernementaux égyptiens également le 28 janvier 2011. Utilisant le très controversé logiciel LOIC, comme l’a expliqué Olivier Blondeau lors d’une conférence commune au Symposium  « Que Faire? », organisée le 1er décembre à Beaubourg par Le Peuple  Qui Manque, les Anonymous, tout comme Telecomix, agissent  sous couvert d’anonymat avec parfois des outils peu fiables au plan de la confidentialité, exposent les individus participants à cette action à des répressions futures possibles sans engager plus avant leur propre responsabilité. Pour éviter la prolifération d’un pseudo hacktivisme non basé sur la confiance entre pairs, au fondement du fonctionnement socio-technique d’internet, Olivier Blondeau a suggéré l’utilisation de dispositifs plus safe au plan de la sécurité informatique comme TOR, qui permet d’anonymiser ses communications par le truchement d’un proxy mais aussi de reverser une adresse IP anonymisée à la communauté des internautes censurés. Dans le cas de l’Egypte et des blocages récurrents d’Internet depuis le mouvement du 25 janvier et bien auparavant, TOR a lancé une campagne de financement d‘accès à Internet par satellite.

Laurence Allard

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